Les cinq agrégats

ou cinq processus de l'activité mentale

 

 

Que ce soit d'un esprit illusionné ou éveillé, les cinq agrégats sont cinq processus mentaux qui s'articulent les uns aux autres dans un système cohérent et conséquentiel que l'on nomme "karma". Ils organisent en continu le traitement d’informations multiples avec plus ou moins de distorsion ou d’intelligence.

L'ignorance ne crée pas les agrégats mais conditionne leur fonctionnement mental sous l'emprise de la soif discriminative et de la saisie imputative qui impulsent les actions du corps de la parole et du mental et impactent en conséquence notre devenir.

 

Agrégat : (sct. skandha, tib. poung-po)

Ils sont au nombre de cinq : agrégat forme, agrégat sensation, agrégat perception, agrégat ré-activité, agrégat consciences sensorielles.
Ces cinq processus organisent “l’élément conceptif/cognitif” (sct. dhātou, tib. kham) de l’activité mentale que l’on nomme “esprit”.
En dehors des cinq agrégats, aucune connaissance ; co-émergence (sct. sahaja) de cognition/vide (rik tong).

I. Agrégat forme : (sct. rūpa, tib. zouk)

L’agrégat forme (sct. rūpa) ou « manifeste » qui se structure sur la base des cinq éléments, est le processus le plus élémentaire où le connaissable (sct. jneyalakṣaṇa, tib. shé dja) se trouve intelligible à l'esprit par une notification la plus ordinaire qui soit : « Il y a » aussi factuel qu'un ordinateur notifiant « Il y a » une clé USB qui vient d'être connectée.
Si nous pouvions nous en tenir à cela en toute simplicité, mais l’ignorance de la nature de l’esprit fait que la soif* prend le relais pour imputer à la forme une existence intrinsèque, une altérité.

Question : L’agrégat forme est-il le corps physique ?

Réponse : Non, la forme [1] est de nature phénoménale, une apparence mentale relative, imagée et pour autant manifeste (cf. la nature triple de l'apparence mentale). Dans une existence incarnée, nous disposons de ce corps physique qui est de nature biologique. Quand on prend le temps de le considérer, l'esprit en conçoit une idée. C'est ce que l'on appelle "forme". Comme toute la manifestation matérielle, le corps physique est un complexe dynamique semblable à un fleuve. N'étant pas une entité simple, non-composé, il est impossible pour l'esprit de le percevoir dans son objectivité matérielle. C'est sous la compétence de l'activité mentale, qu'est l'esprit", que s'émane (sct. nirmana, tib. trul) une conception du corps physique que je nomme "corporalité idéelle".

II. Agrégat expérience : (sct. vedanā, tib. tsor oua)

Le processus mental des cinq agrégats va du plus probant au plus subtil. Avec l’agrégat "manifeste", le traitement est primaire, natif ; « il y a ». Avec l’agrégat "sensation", le processus mental met en jeu une aptitude de représentation et d’impression qui renvoie à l’idée de phantasia [2] . C’est le processus cognitif où la forme devient informative pour l'expérience/sensation (sct. vedana, tib. tsor oua). À l’émergence du phénomène, l’aptitude naturelle de cet agrégat s'exprime sur un mode intuitif ; agréer ou désagréer. Être en situation d’agréer ou de désagréer n’exclut pas une intelligence d’équitabilité, mais, sous l’effet de l’ignorance et de la propension réductrice de la saisie imputative, ces phénomènes d’impressions et sensations sont pris pour des expériences objectivement fondées. Ce qui renforce notre polarité égocentrée et nous fait perdre toute impartialité.

Question : Qu'en est-il des sensations neutres ?

Réponse : Il n'y a pas de sensation neutre. L'idée d'une sensation qui ressentirait une absence de sensation est un non sens. Il faudrait plutôt parler d'une neutralisation ou d'une inertie (tib. mi yo oua) de l'agrégat sensation dont la satisfaction qu'elle procure entraîne une propension à renaître dans la sphère d'expériences des dieux qui, dans des cas extrêmes, finissent par se piéger eux-mêmes dans un suspend d’activité mentale et donc d'une anhilation de toute forme possible et par conséquent d’échéance temporelle. Je fait allusion à ce qu'on appelle le monde des dieux sans forme (agrégat) qui sont coincés dans un autarcisme béat. C'est pour cela qu'il est important que l'on médite avec l'objectif de reconnaître la nature de l'esprit et non pas en vue de connaître un bien-être.

III. Agrégat conception/perception : (sct. saṃ jñā, tib. dou shé)

Il s’agit d’un des cinq facteurs mentaux omni-fonctionnels* de l’activité mentale* de l’esprit. Habituellement traduit par “perception”, je propose “con/ception” dont le préfixe “con” renvoie aux préfixes “saṃ” et “du” soulignant l’instant d’une con/vergence, d’un focus.
C’est le processus cognitif où la science (sct. jñā, tib. shé) fait focus (sct. sam, tib. dou) sur l’objet apportant un traitement intellectif comme par exemple le considérer comme agréable ou désagréable avec discrimination ou discernement selon les capacités de la personne.
Du fait de l'ignorance, l’instant de "focal" (sct.saṃ) va être pris en "otage" par la soif dont la fonction est de saisir l'objet comme une altérité pour valider une identité intrinsèque au moi. La conscience ordinaire n'est plus en l'évidence de la co-émergence clarté/vide (tib. sèl tong). Elle devient "conscience de l'objet" qui vient d'être appréhendé comme altérité. Ipso facto, la perception prend pour référence une polarité égocentrique dont la discrimination réductrice  projette des schémas émotionnels sur l'objet comme l'attâchement, l'aversion etc.

On passe d’une sensitivité d'agréer ou désagréer à une perception discriminatrice qui catégorise l'objet pour être en soi agréable ou désagréable de sorte qu'en cas de désir on impute à l'objet agréable la tâche de nous satisfaire, et en cas de répulsion on impute à l'objet désagréable la cause de notre aversion. Les schémas émotionnels de nos discriminations vont influer les facteurs mentaux de l'agrégat saṃskāra.

Question : On entend souvent qu'il faut se libérer des concepts. Est-ce possible ?

Tous les phénomènes mentaux sont conçus, pensés, et l’agrégat "perception" est un processus qui prend part à la conceptivité du phénomène. L'ignorance consiste à ne pas reconnaître la nature du phénomène comme étant conçue de sorte que la soif discriminative lui impute une réalité intrinsèque. En affirmant que le phénomène est conçu cela veut qu'il est co-émergent à une activité mentale que l'on nomme l'esprit doté de cinq processus conceptif/cognitif. Dire que le phénomène est co-émergent à l'esprit cela implique qu'il n'est pas de phénomène qui se distingue à part entière de l'esprit et réciproquement [3]. Les deux participent en co-émergence (sct. sahaja) à l'activité mentale conceptif/cognitif. Quand on réalise le phénomène comme vide de réalité intrinsèque, rien comme étant de l'esprit en soi se présente. Advient la toute simple évidence de l'activité mentale dans le "déploiement de la relativité pleinière", le dharmadhātu loisible à souhait.

Toutes les manifestations* phénoménales d’une conscience illusionnée (saṃsāra*) ou désillusionnée (nirvāṇa*) sont de nature transitoire, composée et relative. Elles sont un flot incessant et insaisissable. Rien de réel ne se faisant connaître à l’esprit, sans l’aptitude conceptive de l’esprit nous n’aurions aucune perception et ré-activité.

Effectivement, on rencontre très très souvent cette idée qu'il faudrait se libérer des concepts ou de réaliser une sagesse "aconceptuelle". Il y a derrière cela une erreur fondamentale de traduction. J'ai pu remarquer que la grande majorité des traducteurs français, et peut-être est-ce le cas des traducteurs anglophones, utilisent le terme "concept" pour traduire le tibétain "nam tok" (sct. vikalpa) que, personnellement, je traduis par "imputation". L'imputation est lui-même un concept mais, étant sous l'emprise de la soif, il est facteur d'imaginaire et génère cliché, stéréotype, phantasme, etc.

Je ne pense pas que l'on puisse faire en sorte que notre esprit cesse de concevoir des phénomènes mentaux. Cela relèverait de la "spiritualfiction". Par contre, je sais que l'on peut faire en sorte de se libérer de nos imputations et que cela nous fait gagner en discernement et en compréhension. C'est le sens du tibétain "nam dreul" qui signifie : « l’aspect libre d'imputation ». Avec de l'analyse psychologique, nous avons tous déjà réussi à le faire sur des sujets divers. Vipassana est une méditation privilégiée pour prendre en flagrant délit nos imputations les plus radicales comme : 1- Imputer une réalité intrinsèque aux phénomènes 2- Imputer une caractérité aux phénomènes. 3- Imputer une permanence aux phénomènes.

Une fois dénué des souillures de la saisie imputative, l’agrégat "perception" fonctionne au mieux de son aptitude mentale qu’est le discernement. À l’instant de "focal » (sct.sam) le discernement jouit de la distinguabilité et de la pertinence du phénomène sans le réifier ni le détacher de son ensemble. C'est le préalable à l'expérience de ce que l'on nomme "déouatchèn" (sct. sukhāvatī).

IV. Agrégat saṃskāra : (tib. dou djé)

C’est le processus mental qui organise la co-opération de l’esprit* (sct. citta, tib. sèm) et de cinquante-et-un facteurs mentaux (sct. caitta, tib. sèm djoung) qui en émergent (tib. djoung). Saṃskāra n'est pas un terme facile à traduire. Certains l'on traduit "agrégat volition" bien que seuls les "cinq facteurs mentaux certifiant l'objet" nécessitent une décision délibérée. Le traduire par "facteurs mentaux" est certainement le plus approprié bien que cela ne désigne qu'une moitié de ce processus mental. Personnellement, je propose “ré-activité” avec l'idée qu'il s'agit du cœur même de "l'appareil psychologique" dont dépend notre devenir existentiel. Je propose également l'idée d'une "co-opération ou d'une co-laboration pour faire référence aux préfixes “saṃ” et “dou” que l'on a déjà rencontré avec l'agrégat saṃ jñā.

Cette co-opération mentale comporte :

Les cinq concomitances d’esprit et de facteurs mentaux [4] signifient que l’esprit et les facteurs mentaux co-opérent (saṃ-kāra) à l’activité mentale (sct. kāra) sans qu’ils puissent se démarquer l’un de l’autre comme l’océan et ses vagues co-opèrent à l’activité océanique.


Les cinquante-et-un facteurs mentaux :

1) Les cinq facteurs mentaux omni-fonctionnels  [5] : Ils participent continûment à l’activité mentale* et aucun des cinq ne peuvent manquer aucun. Le processus mental s’organise au gré de ce que proposent ces cinq facteurs omni-fonctionnels.

2) Les cinq facteurs mentaux certifiant l’objet [6] : Ils sont d’ordre volitif pouvant s’opposer aux conditionnements de la saisie, de la soif et de l’ignorance. Avec la Vue juste [7] et l’analyse juste [8], ils sont facteurs de libération, d’émancipation et d’éveil. Ces cinq facteurs permettent de contrecarrer notre devenir sans perspective claire, de se déconditionner de nos illusions et de gagner notre libre arbitre.

3) Les quarante-et-un facteurs : Onze facteurs vertueux, six kléshas* racines, vingt kléshas secondaires, quatre facteurs changeants. Ces facteurs mentaux sont significatifs de la bonne ou mauvaise marche des dix facteurs précédents.

J’ai parlé tout à l’heure de cet instant "focal" (sct. saṃ) de l’agrégat perception où la soif exécute une imputation. Pour l’agrégat ré-activité, c’est également à cet instant "focal" que la soif acte une saisie qui consiste à imputer une caractérité (sct. lakṣaṇa, tib. tsèn nyi) c'est-à-dire une caractéristique intrinsèque au facteur mental de cet instant.
La soif est un facteur mental qui suit un protocole procédurier qui, à toute contrariété existentiel (sct. doukha) consiste à discriminer ce qui m'apporte bonheur et ce qui m'apporte souffrance. L'imputation qui s'ensuit fait office de verdict répondant par « c’est çà » ou « ce n’est pas çà », « c’est lui » ou « ce n’est pas moi » etc.

Que les formations mentales soient vertueuses ou pas, racines ou secondaires, la saisie d’altérité fait qu'ils sont imputés d'une caractérité et détournées de leur spontanéité co-émergente à leur vacuité (sct. svalakṣaṇa śūnyatā) nous empêchant de les reconnaître comme tels des émergences phénoménales (sct. dharmatā).

Les imputations et les élaborations mentales alimentent les distorsions émotionnelles (sct. klésha) qui perturbent le bon fonctionnement des cinq Intelligences et troublent la Raison. Toutes nos expériences puis nos conceptions et nos ré-activités vont être traduits et interprétés sur le même schéma qui appréhendent le facteur mental, l'autre et moi comme étant indépendants et fondés.

Dans ce type de fonctionnement assujetti à la soif, il n'y a pas de place au discernement qui commencerait déjà par considérer "doukha" comme le symptôme d'une illusion fondamentale due à l'ignorance de la nature phénoménale. La première co-émergence que le discernement nous amène à réaliser est celle d'apparence et vacuité (tib. nag tong). Chaque expérience, vertueuse ou non, se doit d'être reconnue en co-émergence avec sa vacuité [9] : colère/vacuité, compassion/vacuité, clarté/vacuité, opacité/vacuité, félicité/vacuité, mal-être vacuité.

Facteur mental : (tib. sèm djoung)
J’aurai tendance à définir un facteur mental comme un vecteur mental avec une direction, un sens et une longueur.
Une direction prise sous l’influence d’antécédent karmique mais dont le sens à donner – vertueux ou non – et la portée sur notre devenir ne dépend que de soi-même en chaque instant.

Karma :
Désigne le lien de cause à effet dans l’organisation de l’activité mentale, c’est à dire une loi cohérente et conséquentielle.
Dans sa conception bouddhique, le karma ne désigne pas une loi rétributive de situations et d’évènements que l’individu devrait rencontrer suite à ses actions passées. Le karma est la causalité* qui s’établit dans nos rapports avec les situations et les évènements que l’individu rencontre et qui détermine nos actions du corps, du verbe et de la pensée.
Réfutant hasard et prédéterminisme, la conception bouddhique du karma est l’affirmation du libre arbitre* en chaque individu. En vertu de la causalité de l'activité mentale que l'on nomme “karma”, notre avenir existentiel n'est donc pas fatal mais bien de notre ressort et de notre responsabilité.
Selon les conditions mentales, l’activité karmique peut être soit : souillée (sct. sāsravakarma, tib. zak tché kyi lé) par la confusion
due à l’ignorance, la soif discriminative et la saisie imputative ; soit : en voie de purification ou totalement purifiée
de cette confusion et donc conforme à la nature primordiale de Bodhicitta* et dans la cohérence des cinq Intelligences*.
À noter une distinction en tibétain. Quand il est souillé le karma se dit “lé” ( `c, ) et le karma primordialement pur se dit “trin lé”.

Libre arbitre :
De prime abord, l’individu revendique en priorité sa liberté comme un droit puis choisit l’arbitrage selon la conception de sa liberté. Malheureusement, en mettant la charrue avant les bœufs, la fin peut justifier un arbitrage arbitraire.
C’est la sagesse d’un arbitrage judicieux qui nous mène à la liberté. L’arbitrage entre ce qui est vertueux à gagner en conscience et ce qui ne l’est pas.
Nous sommes suffisamment libre pour faire usage de raison, de volonté et d’éthique et la seule liberté qui vaille c’est de pouvoir user de raison, de volonté et d’éthique en toute situation.

V. Agrégat science aspective : (sct. vijñāna, tib. nam shé)
C’est le processus cognitif qui permet à la science “base toute”* (sct. ālaya jñāna, tib. kun chi yéshé) de s’adapter à l’aspect distinctif du phénomène.
Il y a six sciences aspectives sensorielles qui ont pour “aptitude de notifier” (sct. vijnapti) l’aspect* (tib. nam) visuel, auditif, olfactif, gustatif, tactile ou mental des phénomènes.

Les cinq premières sciences aspectives porte sur leur objet spécifique tandis que la sixième, la science aspective mentale, porte sur l’ensemble des six "formes" (sct. rūpa) dont l'aspect inteligible portera signifiance (sct. nama) aux quatre agrégats suivant.

Les six sciences aspectives sont très souvent considérées de fait “consciences dualistes”. Si c'est le cas, il faudrait alors considérer de la même manière les six organes (tib. ouang tèn) et les six facultés (tib. ouang) comme étant de fait “dualistes”. Le samsara serait une fatalité. Mais ce n’est pas le cas. C’est sous l’influence de la soif*, que les saisies d’altérité* et d’identité*, génèrent une appréhension binaire de l’ensemble des expériences sensorielles.

Ce ne sont pas les consciences sensorielles ni aucun des agrégats qui portent en eux les causes de nos illusions. Ce sont l'ignorance, la soif et la saisie qui sont les principaux facteurs perturbateurs. Malheureusement, les illusions qu'ils engendrent, par nature, ne sont pas décelables. C'est en constatant nos contrariétés existentielles (sct. doukha) et en les considérant comme les symptômes de ces trois facteurs perturbateurs. Si la mort engendre un doukha cela révèle l'illusion de saisir quelque chose comme étant une mort ou quelque chose qui meurt : le corps, l'esprit, le moi. De même, si la vieillesse, la maladie et le fait d'être incarné engendrent des contariétés existentielles c'est le fait de l'ignorance, de la soif et de la saisie. Envisager doukha comme une information considérable est la base d'un chemin d'éveil cohérent et efficace. Réflexion et analyse nous fait comprendre de mieux en mieux le lien causal qui s'opère entre illusion et doukha et notre contemplation va gagner en lucidité et réalisation. Si l'on n'a pas de compréhension, d'expérience ou de réalisation, c'est que l'on s'y prend mal. Il faut réagir et s'appliquer inlassablement aux trois entraînements : écoute, réflexion et méditation. Ce sont nos trois piliers sur lesquels on peut compter pour s'éveiller, de notre vivant, au moment de notre trépas et au-delà.

Résumé des cinq Agrégats :

1) Le phénomène est la part manifeste constituée des cinq Éléments qui participent de "l’agrégat forme". 2) Par ce processus conceptif, la forme devient informative à "l’agrégat sensation" qui gère les impressions d’agréer ou désagréer à priori. 3) "L’agrégat conception/perception" valide agréable ou désagréable, avec discrimination ou discernement. 4) "L’agrégat ré-activité" prend acte en conséquence et engendre un nouvel instant mental vertueux vers la sagesse ou non-vertueux vers l’obscurité mentale. 5) "L’agrégat conscience", par lequel on se sait savoir, confirme l'identité égocentrée ou émancipe son ipséité dans la co-émergence du tri-mandala "penser, pensé, pensant".

Savoir c'est savoir la cause [10].
Être sage c'est d'en estimer les effets.
Être libre c'est d'en discerner les vertus.

 

[1] « Le latin forma, synonyme d’idea, provient, selon le Dictionnaire étymologique latin [Michel Bréal et Anatole Bailly, Éd. Hachette, 1885], de la même famille de mots que firmus (ferme), frenum (frein), fretus (appui, support). L’idée commune contenue dans ces mots est celle de « tenir ». Comparez avec le substantif français tenue. Ces mots latins sont issus de l’indo-européen commun *dher-[2] (tenir) qui donne le sanscrit dharati (tenir) et dharma ... » Extrait de wiktionnaire.fr.
[2] Phantasia est un terme du grec ancien, qui désigne la faculté productrice d'image ou représentation mentale. La phantasia produit donc du phénomène mental (gr. phainomai) qui, de nature mentale imagée relative et manifeste, est soit reconnue comme tel ou bien imputée (sct. vikalpa) d'une altérité. Dans le cas d'une imputation, le phénomène prend l'aspect d'un phantasme. Selon l'impacte des distorsions émotionnelle (sct. klésha), cette faculté de l'imagination "phantasia" prend aussi bien la voie de l'imaginaire que celle de l'imaginal contemplatif.
[3] De la même manière qu'il n'y a pas de vague qui se distingue d'un océan et réciproquement, les deux participent en co-émergence à l'activité océane.
[4] Sct. pañca saṃprayuktākāra. La base, l’observation, l’aspect, le temps et la substance.
[5] Sct. pañca sarvaga : 1. Expérience ; 2. perception ; 3. ntentionnalité ; 4. contact ; 5. exécution mentale.
[6] Sct. viṣayapratiniyama : 1. Aspiration ; 2. Détermination ; 3. Rappel ; 4. Samādhi ; 5. Prajñā.
[7] Sct. saṁyak dṛṣṭi.
[8] Sct. saṁyak saṁkalpa.
[9] Cf. Les quatre garanties (tib. teun pa chi) énoncées par le Bouddha Shakyamouni. 1- S’en remettre au sens des mots et non pas aux mots seuls. 2- S’en remettre à l’enseignement proposé et non pas à l’enseignant seul. 3- S’en remettre à l’expérience et non pas à la croyance seule. 4- À toute expérience, s’en remettre à la Vue de la vacuité.
[10] Citation d'Aristote sur laquelle je me suis permis d'y ajouter mon "grain de sèl".